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Castor de guerre

Sallenave, Danièle
Paru en 2007 chez Gallimard

Portrait de l'écrivain Simone de Beauvoir qui s'était elle-même baptisée "Castor de guerre" au dos d'une photo en 1939.

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L'églantine et le muguet

Sallenave, Danièle
Paru en 2018 chez Gallimard dans la collection Blanche [Gallimard]

«Ce livre est un récit de voyage. Le voyage que j’ai fait dans ma région natale, l’Ouest conservateur et clérical de l’Anjou, pour retrouver ce qui caractérisait l’éducation républicaine que j’y ai reçue, de parents instituteurs, au milieu du siècle dernier. C’est une certaine idée de la république, forgée au XIXe siècle dans la retombée des révolutions, la contre-offensive catholique et les débuts de l’expansion coloniale. En revisitant les lieux familiers à mon enfance, en explorant leur histoire, j’ai vu renaître les personnages et les grands moments de cette république guerrière. Ses symboles, son école dressée contre le pouvoir de l’Église et des châteaux. Ses idéaux de justice, d'émancipation. Son combat pour le progrès. Mais aussi ses limites, et ses aveuglements. Le lourd passé de la guerre de Vendée. La contradiction entre les principes républicains et la réalité coloniale. Son universalisme abstrait. Sa défiance continuée envers "la sociale". Aujourd’hui, une frange très combative de néo-conservateurs a choisi de réveiller ces traits négatifs dans une surenchère de laïcité et de nationalisme identitaire. Faisons plutôt le pari généreux d’une république post coloniale, consciente de ses fautes passées, ouverte aux différences. Une république sociale, placée sous le signe de l’églantine rouge, autrefois fleur du ler mai ouvrier, chassée sous Vichy par le muguet, fleur de la Vierge Marie.»

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la Lanterne magique de Molotov : voyage à travers l'histoire de la Russie

Polonsky, Rachel
Paru en 2012 chez Denoël

Expatriée à Moscou, Rachel Polonsky apprend que dans son immeuble a vécu le bras droit de Staline, Viatcheslav Molotov. Un temps dauphin du dictateur, celui-ci a fermement soutenu la politique de la Grande Terreur dans les années trente avant de négocier avec Hitler l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne nazie en 1939. En visitant l'ancien appartement de Molotov, l'auteur découvre, intacte, sa bibliothèque. Au milieu des volumes trône une lanterne magique. Celle-ci, en faisant revivre sous forme d'images flétries des scènes du passé mythifié de la Russie, va servir de métaphore et de fil conducteur au livre. Chaque livre que Rachel Polonsky trouve sur les étagères est une invitation à un voyage immobile. Partant des traces - dédicaces, annotations, pages coupées ou non... - laissées par leur ancien propriétaire et qu'elle exhume en feuilletant les volumes, elle en tire le fil pour raconter à la première personne la Russie telle qu'elle la perçoit. Procédant en cercles concentriques autour de son immeuble, l'auteur s'efforce dans ces va-et-vient entre hier et aujourd'hui de retrouver les traces des écrivains et des événements liés à tel ou tel ouvrage de la bibliothèque. Rachel Polonsky tisse ainsi un portrait croisé des différentes Russies en mêlant les descriptions de lieux, de personnages, les anecdotes et les réflexions littéraires, puisant dans les journaux, les correspondances, les récits, les poèmes, les archives littéraires du KGB ou les Mémoires. Les allusions, les réminiscences, les pages d'histoire de la culture et des sciences sont innombrables. Récit de voyage, dans le temps (d'Hérodote aux décembristes et à Poutine) et dans l'espace (de Saint-Pétersbourg à Arkhangelsk), mais aussi périple sentimental et intellectuel fondé sur le sentiment que l'histoire d'une nation n'est jamais qu'une série discontinue d'incidents isolés, La lanterne magique de Molotov doit son unité à une qualité d'écriture hors pair. Dans la droite lignée des Chuchoteurs d'Orlando Figes, Rachel Polonsky livre ici un objet inclassable. Monument d'érudition, récit formidablement incarné, déclaration d'amour à la culture russe et réflexion sur une destinée tragique, c'est une lecture dont on ne sort jamais tout à fait.